Les grands malheurs CLAVEL Bernard
Je suis un vieil homme habité par la guerre. Chaque fois que j'ai cru pouvoir m'éloigner d'elle, un événement est survenu qui l'a lancée à mes trousses. Vieux chien hargneux, elle s'accroche à moi et refuse de me lâcher. Mais je ne sens rien de féroce dans sa ténacité. Son grognement est presque un murmure d'amitié. Alors je le caresse. Il ouvre sa gueule et, sans hâte, il me précède. Je le suis. Je sais très bien qu'il me conduit sur le sentier des guerres que nul ne saurait vraiment oublier. Des sentiers où m'ont précédé nombre de mes camarades aujourd'hui disparus. Et si j'éprouve ce soir le besoin de me remémorer ce temps, c'est moins pour le plaisir d'en retrouver le parfum fané que par besoin de revivre certaines heures avec des êtres dont le souvenir continue de me hanter. Des visages et des voix sont là qui s'accrochent à moi et refusent de me laisser poursuivre ma route en paix. Avec ces vivants, j'ai partagé des années lumineuses mais aussi des jours sombres. Avec eux, j'ai souffert et été heureux. Quel qu'en soit le prix, je dois revivre ces heures. Je le dois à tous ceux qui sont morts alors que la vie s'ouvrait devant eux, lumineuse et sereine.
Harricana CLAVEL Bernard
Nouvelle saga romanesque de cet écrivain dont le talent proprement épique allie, avec bonheur, l'expression des forces naturelles et celle des hommes. Il s'agit ici de l'aventure authentique, transposée en fiction, d'une famille québécoise et de son installation dans l'Abitibi de 1910. L'ensemble du récit sonne vrai et offre une vision à la fois lyrique et réaliste de la situation.
Meurtre sur le Grandvaux CLAVEL Bernard
Au cœur du Jura, le Grandvaux est un pays austère et cerné de forêts. C'est une terre si ingrate, sous un climat si rude, qu'elle pousse les fermiers sur les routes, comme transporteurs de marchandises. Au début du siècle passé, Ambroise Reverchon est l'un de ces rouliers farouches, cravachant son attelage à travers l'Europe, de foire en foire, de Nijni-Novgorod à Gibraltar. De tous les fardeaux que lui a fait porter sa dure existence, son sens de l'honneur est sorti intact. Et à l'heure où il revient au pays, cet homme fruste est prêt à aller jusqu'au meurtre pour le prouver. Bref et violent, cinglant comme un coup de fouet, ce roman compte parmi les plus intenses dans l'œuvre de Bernard Clavel.
L'or de la terre CLAVEL Bernard
Je dois être fait pour que les fleuves, les arbres, le ciel me coulent dans le sang. Les pays que j'imagine aussi bien que ceux où j'ai habité.Durant des années, j'ai peint de mémoire. De loin en loin vient me tarauder l'envie de me pencher davantage sur mon enfance. Mais bien plus impérieux le besoin de créer une terre nouvelle où il me soit donné de m'enfoncer en toute liberté : un lac immense dans une forêt sans limites ; une île dans les glaces où débarquent des chercheurs d'or ; une ville née de trois baraques ; avec ses mineurs, ses prêtres, ses prostituées. Fortunes qui se font et se défont..."Pour être un homme des vieux pays, jamais je n'avais pensé qu'un monde pouvait surgir aussi rapidement pour disparaître aussitôt. Ce monde des aventuriers qui vont arracher son or à la terre n'est pas fait pour des enfants de Marie. Il est dur, impitoyable et j'ai frémi en le décrivant. Voici bientôt six ans que j'y passe le plus clair de mon temps. Et mes personnages, comme leurs modèles, ont souvent payé de leur vie ces lingots dont on sait aujourd'hui qu'ils contribuent à la destruction du monde.
Tiennot CLAVEL Bernard
Tiennot est un pauvre bougre qui a 35 ans lorsque son père, la seule famille qui lui restait, meurt. Certes, il sait faire des choses mais rester seul, ainsi, sur son île, est-ce bien raisonnable ? Les habitants du village lui conseille de chercher une femme.